home sitemap SCNAT - click here to go to the start page.

 

Impressum
Disclaimer




© 2010 SCNAT


KFPE


Eletronic Appendix

Création de valeur dans les filières agricoles en Mongolie

Sophie Réviron, ETHZ, Groupe d'Economie Agroalimentaire et Rurale, sreviron@ethz.ch

La Mongolie souffre de sérieux problèmes de désertification et de dégradation des pâtures. Le développement de produits agricoles porteurs d’une indication géographique pourrait permettre de trouver des solutions originales durables.

La Mongolie est un immense pays entre la Chine et la Russie peuplé de seulement 2.5 million d’habitants. La vie nomadique des éleveurs et la production extensive de produits animaux (laine, lait, viande) sont des éléments clé de l’économie, des traditions et de la culture mongoles. Le maintien de ce système pastoral est menacé par la dégradation des terres et les revenus très bas des éleveurs.  Comment résoudre de façon durable ces problèmes économiques, sociaux et environnementaux ?

Combiner objectifs économiques et objectifs environnementaux
Le projet concerne la formation doctorale à l’ETH Zurich d’une coordinatrice de programme d’origine mongole. Le sujet de la thèse de doctorat porte sur la création de valeur économique dans les filières agricoles mongoles tout en préservant / améliorant la performance environnementale.

Le partenariat a été engagé entre le groupe d’économie agro-alimentaire et rurale de l’Institut pour la décision environnementale (ETH Zurich) et l’agence de développement et de coopération suisse (DDC) à Ulan Baatar en Mongolie en 2007.

Mobilisation de la théorie pour fonder les prises de décision
Le projet est centré sur le potentiel d’Indications géographiques pour un développement territorial durable dans ses trois dimensions : économique, sociale et environnementale. Les Indications  géographiques sont des labels publics protégés à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) par les accords TRIPS sur la propriété intellectuelle. Les produits enregistrés respectent deux conditions : la typicité du produit est fortement liée au territoire concerné ; le produit a un nom reconnu et une réputation parmi les consommateurs. Les indications géographiques (IG) sont développées en tant qu’outil légal de protection contre les usurpations. La mise en œuvre d’une  IG peut conduire par ailleurs à des effets secondaires positifs en matière sociale et environnementale. Mais  ceux-ci sont pas garantis par l’enregistrement et dépendent fortement de la qualité de l’organisation interne des producteurs et des transformateurs.

La recherche a permis de confirmer que l’attention portée à l’organisation interne des IG pourrait permettre d’obtenir des effets collatéraux intéressants en particulier en matière environnementale. La recherche est fondée sur des analyses de cas comparées, pour lesquelles sont mobilisés les résultats  de la théorie en Micro-économie (principalement néo-institutionnelle) et en Sociologie économique, concernant l’action collective et la coopération entre des entrepreneurs concurrents.

Le premier cas concerne le jus de fruit et l’huile d’argousier (sea buckthorn) produits dans la région de UVS à l’extrême ouest du pays.  Il s’agit de baies orange  très riches en vitamines C et E, beta-carotène et acides gras riches en Oméga 3. Le jus de fruits est apprécié pour ses qualités nutritionnelles. L’huile présente un profil en acides gras très spécifique, valorisé en cosmétiques et médecine traditionnelle. L’argousier est un arbre qui permet de lutter efficacement contre la désertification du fait de racines très profondes. Le développement des ventes de ces produits serait très bénéfique à la région. La recherche a permis de montrer qu’en dépit d’une structure d’industrie caractérisée par d’importantes différences de taille entre les entreprises, la construction d’une organisation collective offrirait des bénéfices individuels aux entrepreneurs, liés à des économies d’échelle et des économies de champ,  et permettrait de bien gérer la croissance très rapide du marché et de la production

 

                        Foto1: Baies d’argousier
                        Foto1: Baies d’argousier

Le deuxième cas concerne la laine de cashmere de Mongolie. Avec une production de 3'000 tonnes, c’est le troisième secteur d’exportation, qui procure un revenu à plus d’un tiers de la population. Actuellement, l’industrie du cashmere ne parvient pas à utiliser à plein sa capacité, du fait d’une concurrence de marchands chinois pour l’achat de laine brute aux éleveurs. Par ailleurs le développement anarchique des troupeaux de chèvres pose de très sérieux problèmes de dégradation des sols. La recherche propose des pistes pour une meilleure organisation de la filière.

D’une façon générale, les travaux conduits durant la recherche, notamment une enquête auprès d’éleveurs, a montré que les éleveurs sont très conscients de la dégradation des pâtures mais ont également de fortes préoccupations économiques. Le développement d’indications géographiques pourrait permettre de concilier ces deux objectifs : développer les ventes et assurer la protection des espaces pâturés.

                  Foto 2: Troupeau de chèvresFoto 2: Troupeau de chèvres

 

Eviter un processus de décision par tâtonnement
La recherche met en évidence le potentiel des produits concernés pour créer de la richesse tout en améliorant l’attention porté aux questions environnementales.  Son intérêt est de fonder les décisions des praticiens en mobilisant les conclusions de la théorie, afin d’éviter un processus de décision par tâtonnement, très risqué et très coûteux. Les résultats de ces travaux devraient permettre de mieux organiser les filières, suivant une stratégie soigneusement réfléchie.

Ce projet permet de former sur une longue période et en profondeur un jeune cadre repéré sur place pour ses capacités et son potentiel, afin qu’elle puisse prendre en charge à moyen terme des projets d’envergure, avec une forte légitimité. En outre, elle bénéficie de l’accompagnement et de l’expertise des chercheurs séniors de l’Institut, notamment pour la réalisation des études de cas.

A ce jour, deux articles rédigés et un troisième en préparation, ainsi que plusieurs conférences sur la construction des indications géographiques notamment à Ulan Baatar en langue mongole ont été réalisés.

 

3 messages –clé

  • Le potentiel de création de valeur est grand, du fait de produits uniques à forte typicité.
  • Il est possible de s’appuyer sur les organisations  des indications géographiques pour répondre à des préoccupations environnementales
  • La formation de longue durée de cadres autochtones est efficace pour développer des savoirs et des savoir-faire qui seront valorisés dans la suite de leur parcours professionnel, au bénéfice de leur pays.

 

Institutions partenaires