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Programme de bourses "Jeunes Chercheurs"

The Apprenticeship of Pottery in Cameroon: a comparative analysis of learning and teaching processes in family and school

This research aimed at examining the way a learner become and expert in conducting an everyday activity (pottery). Specifically, I studied the learning and teaching processes developed by both the teacher and the learner in their interactions while making a pot. The developmental niche (Super& Harkness, 1986) as a theoretical framework helped to identify: physical and social contexts of learning and teaching, potters’ ethnothories on learner achievement, and pottery educative practices. 
My hypothesis is based on Greenfield (2004) two models of informal learning. They emphasized that the theory of traditional conservation, entertained by scaffolding or careful guidance, is developed when the items are made for local use. And the model of trial and error, discovery-oriented, suitable for innovation is developed in the context of commerce or paid work, or in school context. The observation took place in three villages and a school. One village (Tanze) makes pots for local use and the other two (Marom and Nsei) are engaged in related-pottery commerce. Scaffolding therefore will be observed in Nsei while trial and error will be observed in the school and in Marom and Nsei villages. But this classification of learning and teaching processes based on weaving activity was not suitable for data collection or data analysis on pottery. So, I elaborated another typology which underlines teacher activity and learner activity in pottery. Thus, I couldn’t observe the learners from the beginning to the end of the training (6 years). So, I classified them into 3 periods: the beginning (0-2 years), the intermediary (3-4 years) and the end (5-6 years of training).
The verification of hypothesis showed that there is no difference between the uses of learning or teaching processes in the four settings. All the teachers or all the learners used the same processes but the intensity is the function of the context.
Some processes are regular and showed a decrease evolution (scaffolding, commands) from period 1 to period 3 while other are irregular with no evolution (questioning, explanation).
The results showed a little significance of a process into a setting; but there is a big contrast between school and villages when the significance of a process is compared between the 4 settings, because all the processes are over used in school. The criteria of success, the learning objectives, the age and scholar level of the learner, the scholar level of the teacher, are different in the two contexts. The formal and informal contexts of transmission are two ways of getting children socialized. Every one has its structure and interest. But there is a need to build bridge between the two of them so that their entire job is recognized. This main recommendation I made to the Cameroonian ministry of education is the need of integrating local handicraft curricula in school, and taking into account personal experience, or personal need in elaborating training module.
 
This research was conducted by
Lysette NGENG, University of Geneva lysngeng2@yahoo.fr
Contact in Geneva:      4, rue du belvédère 1203 Genève Tel 0041 76 471 09 19
Contact in Cameroon: P.O. Box 5878 Yaoundé, Tel 00237 742 91 94; 00237 450 18 88

In partnership with the IGP/ EMPN,   Ministry of Basic Education Cameroon. P.O. Box 1600 Yaoundé.
M. ETOUA AZOO, General Pedagogical Inspector for Nursery, Primary and Teacher education,  dieutazoo@yahoo.fr  Tel, 00237 958 76 50
Ms Mary OBEN, National Inspector for Teacher Education, Tel 00237 751 71 41


Story telling :
Un banc pour la femme et une chaise pour l’homme :
La division du travail et ses contradictions face au changement

Je pars de la définition des unités d’observation de ma recherche et de leur exécution sur le terrain. Je me proposais de faire une analyse comparative des processus d’apprentissage d’une activité artisanale traditionnelle en famille et à l’école. Au départ, j’ai choisi le tissage et la sculpture. Je trouvais des familles de tisserands mais pas des écoles. Ensuite, j’ai prospecté la sculpture. J’ai trouvé une école et des familles sauf qu’aucune femme n’était présente dans l’activité. J’ai identifié une école de poterie ou filles et garçons étaient représentées et j’ai vu des familles ou les deux sexes travaillaient de l’argile. Alors je me suis dite «  enfin, j’y arrive ». Le fait de constater que dans tous les sites, on fabriquait des pots, m’amener à orienter l’unité d’observation sur les interactions maître(sse)/apprenant(e) dans une séquence de fabrication d’un pot. La théorie (niche d’apprentissage et la théorie des deux modèles des l’éducation informelle et enfin la typologie d’analyse des processus d’apprentissage) imposait que j’observe filles et garçons ; que je différentie les sites d’observation par l’aspect économique de la vente des pots de la consommation locale. Car cette différentiation influencerait les processus d’apprentissage. Cette différentiation a été faite mais, elle portait un gros biais que j’ai découvert plus tard, au bon milieu de ma recherche. Je devais me rendre à l’évidence que le pot est un objet dont la fabrication est réservée uniquement aux femmes. Sans pouvoir annuler tout ce qui avait déjà été fait, je devais réorganiser mes analyses. En séparant les analyses faites sur les filles et celles faites sur les garçons dans les villages.

D’abord l’étude de la poterie à l’école concerne filles et garçons qui suivent le même programme. En famille, le travail est divisé en fonction des sexes. Le pot est fabriqué par les filles et les tableaux, animaux et autres objets par les garçons. Moi, ne sachant pas tout cela, quand je demandais à observer les garçons, ils fuyaient tous. Pire encore dans ce village de Tanzé où les objets de poterie sont fabriqués pour la consommation locale, la poterie est une activité exclusivement féminine. Je ne savais pas que c’était un mépris, une injure que de demander à un garçon de fabriquer un pot. Injure dans la mesure où le pot est un ustensile de cuisine et que les hommes ne sont pas habiletés à toucher ce qui concerne la vaisselle. Ma demande insinuait que le garçon est stupide, c’est un arriéré, une personne incapable de faire les choses masculines, c’est-à-dire les travaux physiquement pénibles et financièrement productifs, bref à un impuissant.

Je me suis présentée aux potières de Tanzé comme une enseignante qui observe les méthodes de transmission de savoirs qu’elles utilisent. Connaissant donc mon statut, il était impensable pour elle que je m’intéresse à apprendre la poterie, une activité méprisée de tout le tout le monde là-bàs, « un travail qui ne rapporte rien, disent-elles ». Beaucoup m’ont traité de stupide, de folle. J’ai pu obtenir, d’une potière quelques 3 séances d’enseignement. C’était des moments de rires fous pendant lesquels les potières hôtes, leurs voisins et les passants tous se moquaient de moi. Surtout de ce que je pouvais, avec mon statut, me rabaisser et avoir l’idée de fabriquer des pots. A la fin, j’ai appris à partir des séances observées antérieurement et je posais des questions au fur et mesure des difficultés. A la fin de mon apprentissage, j’ai demandé à Olivier (14 ans) pourquoi il ne fabrique pas les pots. Il a répondu « Je suis fou ou c’est toi qui est folle ?  J’ai mieux à faire, être une star, faire de bonne études, etc. je refuse qu’on se moque de moi »
Au-delà de toute cette moquerie, j’ai compris que, dans ce village, cette activité de poterie était morte. C’est avec ces mêmes moqueries que les villageois ont chassé un adolescent du village, passionné de la poterie qui a trouvé bonheur dans une autre ville où la poterie est une activité génératrice de revenus. Le bonhomme était traité d’impuissant, de lâche, et d’homosexuel car s’il se sentait bien au milieu des potières « il était sûrement une femme, susceptible d’aimer les hommes ». Il lui était alors interdit d’approcher les jeunes garçons. Il a quitté son village pour se rendre à Foumban, une ville où la poterie est faite par les hommes et la vente des pots y a pris une envergure internationale. D’ailleurs certains artisans de Foumban viennent vendre ces objets au « marché aux puces » de Genève. Je discute souvent avec eux.

Avec du recul, j’ai compris pourquoi et comment ils en sont arrivés là. J’ai pu recenser les éléments qui ont contribué à une telle conception de la poterie. En effet, la terre argileuse se trouve à plus de 10 mètres au dessous du sol. Pour avoir une bonne argile et réussir un bon pot, il faut avoir de la force pour creuser très loin dans le sol. La plupart des potières ne se soumettent pas à cet exercice. Elles préfèrent faire un mélange de terres creusées en surface qui donne généralement des pots peu résistants et fendillés. Les deux potières qui ont réussi dans l’activité sont traitées de sorcières, leur succès est qualifié de mystique, surtout lorsqu’elles sont sollicitées pour la participation à des concours et expositions et lorsqu’elles sont primées. Mankeu, la potière qui m’a accueillie à Tanzé se cachait pour travailler avec moi, au risque de recevoir les injures de ses voisins.

Cela pose tout simplement la question de l’attachement à la routine et de la résistance au changement. Il y a du travail de sensibilisation à faire !!!