Programme de bourses "Echanges Universitaires"
Study of a watershed with sustainable land management technologies. Example of the Oued Hallouf watershed in the southern Tunisia
Desertification represents the degradation of land-based ecosystems and as consequence the loss of their services. It takes place worldwide in drylands and can be considered as a natural disaster in the long term. A combination of human and climatic factors increase the pressure on lands and lead to a limitation in water, crops, wood, and other ecosystem provisioning services. Moreover, the desertification will threaten the effort made by developing countries to improve their human well-being.
Desertification and land degradation are however not a fatality, they can and should be combated. That is the goal of research institutions such as the DESIRE (DesertificationMitigation and Remediation of Land) and the WOCAT (World Overview of Conservation Approaches and Technologies) projects. The first one wants to implement new conservation strategies for the use and protection of vulnerable areas. The second project is responsible for documenting and evaluating with some questionnaires the different approaches and technologies used through the world to prevent desertification.
The aim of my master thesis is to test in the field a new questionnaire developed by WOCAT to assist in decision making and spreading of watershed management. After filling it, it was possible to find out the potential and limitations of this new questionnaire, what should lead to its improvement.
To study the watershed management I need both qualitative and quantitative data. The methodology to get them is a mix of field observations, participant surveys, gathering of already existing data and the use of remote sensing.
With all the environmental and socio-economic data collected, I am now able to analyze the integration of land and water sustainable management in the watershed. The results of my investigations should also contribute to work out the practical guidelines of the DESIRE project for responsible land use.
The watershed where my field work took place is situated in the south of Tunisia, near the city of Medenine. I worked there in collaboration with the Institut des Régions Arides (IRA), a Tunisian laboratory of aridoculture and oasis cropping.
My stay in Tunisia also permitted me to experience the way that research is made in this part of the world. It showed me that it is as important to adapt to the local scientific and cultural environment as to carry on the research correctly.
I hope that my field work in Tunisia made the links between the Swiss and Tunisian research programs stronger. Improved contacts and exchanges of information can be beneficial in the future for both institutes.
Contacts:
Cyprien Hauser
Rue de Morimont 38
2900 Porrentruy
Switzerland
cyprien.hauser@students.unibe.ch
Supervisor:
Prof. Dr. Hans Hurni
Centre for Development and Environment (CDE)
Hallerstrasse 10
3012 Berne
Switzerland
hans.hurni@cde.unibe.ch
Partner researcher:
Dr. Mohamed Ouessar
Institut des Régions Arides (IRA)
Route de Djorf, km 22.5
4119 Medenine
Tunisia
med.ouessar@ira.agrinet.tn
Jessour system (in the foreground), a sustainable land management technology near Beni Khedach.

“Majel”, a traditional rainwater storage tank in the mountains near Ksar Hallouf.

Farmers building a dam to harvest rainwater for the olive tree cultivation.
Story telling
Ce n’est qu’après avoir dégusté le café matinal dans un des nombreux cafés traditionnels de Médenine que mes deux collègues du jour (un chauffeur et un accompagnateur) et moi prenons la route en direction de la zone d’étude. Il est nécessaire de partir assez tôt afin de profiter un maximum de la fraîcheur matinale. En effet, la température peut déjà en mai avoisiner les 40 degrés dans le Sud tunisien !
Quelques minutes plus tard, nous sommes en train de circuler sur une piste caillouteuse le long de l’oued Hallouf, une rivière asséchée, à la recherche d’ouvrages de rétention d’eau. Le paysage est composé d’une vaste plaine au sol aride et sableux, dont seules quelques habitations et zones de culture brisent la monotonie. A un certain moment, j’aperçois à quelques centaines de mètres de la piste un groupe affairé autour de quelques oliviers. Comme jusqu’à cet instant nous n’avions encore rencontré personne et que mon travail, qui consiste entre autres à tester sur le terrain une nouvelle méthode de documentation et d’évaluation de la gestion durable des eaux et des sols dans des bassins versants, nécessite de poser quelques questions à des agriculteurs, je fais signe à Lazar, le chauffeur, de s’arrêter. En m’approchant, je constate que ces personnes sont justement en train de construire une sorte de digue devant retenir un peu d’eau pour les cultures lorsqu’il pleut. Alors que les jours précédents je me demandais encore comment j’allais faire pour rencontrer des paysans en zone quasi-désertique, je suis maintenant au bon endroit au bon moment !
La dizaine de personnes m’accueille bien chaleureusement dans un mélange d’arabe et de français, et me sert tout de suite un verre de thé à la menthe (lui aussi très chaleureux !) préparé dans une théière reposant sur quelques braises au fond d’un creux dans le sol. Après m’être brûlé la langue et avoir fait connaissance, je sors ma liste de questions prédéfinies et commence par la plus facile : « Avec la petite digue que vous construisez, de combien de pourcents espérez-vous améliorer votre récolte d’olives ? Réponses possibles : entre 0 et 5%, 5 et 20%, 20 et 50% ou plus de 50% ? ». S’ensuit un grand silence. J’essaie alors de clarifier ma question et fais appel à Messaoud, qui m’accompagne, pour traduire en arabe. Rien n’y fait, les agriculteurs se regardent après la question mais ne disent mots. Je simplifie alors au maximum et demande ceci : « Aurez-vous avec la digue un peu, moyennement ou beaucoup plus d’olives ? ». Un moment après avoir entendu la traduction, un des paysans ose un « Moyen ». Apparemment la réponse devait être jugée comme satisfaisante et appropriée par l’ensemble du groupe, puisqu’aux questions suivantes ils ont presque toujours répondu par « Moyen » !
Voilà qui ne m’a guère aidé à cocher mes catégories de pourcentages et a donné un sacré coup à la crédibilité scientifique d’une partie des réponses… Mais cela a eu le mérite de rendre évident qu’entre les bureaux en Suisse où le questionnaire et les activités sont préparés et la pratique sur le terrain en Tunisie, la réalité d’un travail de recherche est bien souvent différente.
Je m’attendais bien sûr à ce qu’il y ait quelques accrocs avec ces questions, mais il était bien difficile de pouvoir anticiper de quelle façon la différence culturelle allait se manifester. Peut-être dans ce cas-ci les questions étaient trop difficiles, mal posées, ou déplacées pour les agriculteurs. Peut-être ceux-ci ne maîtrisaient pas les pourcentages, ne comprenaient pas bien les questions ou simplement ne connaissaient pas la réponse et n’osaient pas le dire.
Quoiqu’il en soit, cette rencontre improbable mais agréable entre des paysans tunisiens et un étudiant suisse doit avoir suscité plus de questions qu’elle devait engendrer de réponses…