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Programme de bourses "Echanges Universitaires" Dynamiques de la petite irrigation privée dans le dallol Bosso (Niger) Cette recherche sur les dynamiques de la petite irrigation privée dans le Dallol Bosso en République du Niger a conduit à mettre en évidence les contraintes auxquelles sont confrontés les petits producteurs. Les éléments récoltés permettent ainsi d’identifier les nombreux facteurs explicatifs qui permettent de comprendre pourquoi l’irrigation, malgré tous les avantages que cette technique agricole peut représenter, peine autant à se développer à plus grande échelle au Niger. Au-delà de cet objectif, les divers relevés ont mis en évidence une situation plus que préoccupante. En effet, les contraintes sociales, économiques et environnementales sont telles qu’il est difficile d’envisager un développement soutenable de l’irrigation à petite échelle si aucun changement dans les comportements n’est adopté. Sans cela, il est à crainte un effondrement du système touchant l’ensemble des acteurs, des producteurs aux grossistes, et surtout des consommateurs. Les logiques économiques qui dominent les différentes filières de l’irrigation à petite échelle expliquent cette situation : les grossistes de la capitale maîtrisent intégralement la production destinée à la vente, et imposent des prix d’achat faibles, laissant aux producteurs supporter tous les risques. Ces derniers doivent alors développer des stratégies à court terme. Face à des prix bas, ceux-ci n’ont d’autre moyen que de produire plus et recourent à un apport trop important de produits phytosanitaires, au détriment de la fertilisation des sols. Cette dynamique conduit à une réduction de la productivité des sols, à une contamination de l’environnement par les intrants agricoles (perméthrine essentiellement), le tout dans un contexte de très forte concurrence entre producteurs, empêchant toute stratégie de coopération/collaboration réellement efficiente. À terme, les coûts à investir dans les activités d’irrigation à petite échelle risquent d’augmenter, conduisant à une hausse des prix des denrées alimentaires. Un autre constat, tout aussi inquiétant, est celui de l’inefficacité des projets d’appui au développement de l’irrigation à petite échelle. En effet, il apparaît que la complexité des interrelations naturelles et anthropiques - des activités irriguées ne sont pas suffisamment - voire pas du tout - prises en compte par les bailleurs de fonds. Ce fait permet de comprendre pourquoi la coopération internationale appui depuis plus de 50 ans l’irrigation sans parvenir à des résultats qui puissent être jugés de satisfaisants. Le nombre de périmètres de projets abandonnés dans le Dallol Bosso démontre l’inefficacité de telles stratégies. Si dans bien des discours l’appui au développement de l’irrigation à petite échelle est justifié par une volonté d’améliorer les conditions de vie des populations rurales, force est de constater que les projets semblent peu tenir compte des propos des paysans. Le développement de l’irrigation à petite échelle se limite bien souvent à des enquêtes académiques loin de refléter les conditions de vie des populations locales, ou à des appuis techniques sans consulter les bénéficiaires. On retrouve là l’écart (voire le dénigrement) entre les populations urbaines vis-à-vis des populations rurales. Cette situation conduit à un état plus préoccupant : le défaitisme des paysans récipiendaires des appuis. Dans la quasi-totalité des cas, ces derniers ont indiqué ne plus croire aux projets, mais les accepter malgré tout à défaut. Or il ne fait pas de doute que l’irrigation dispose d’un potentiel énorme dans les stratégies de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Le premier indicateur est la satisfaction des producteurs s’adonnant à ces activités, et le fait que la demande rien que dans les marchés de la capitale est loin d’être satisfaits par la production actuelle. À cet effet, il apparaît indiscutable que l’irrigation à petite échelle est une affaire économique. Dans tous les cas, les producteurs s’adonnant à une production destinée à l’autoconsommation ont indiqué désirer s’adonner à la vente. Ainsi, les appuis des bailleurs de fonds devraient s’orienter sur des stratégies individuelles et non collectives. Cette approche apparaît plus judicieuse, permettant un meilleur suivi du projet. En effet, seul un appui individuel permettrait l’application de l’ensemble des recommandations indiquées dans ce rapport. CONTACTS
Story telling Pour connaître le Niger depuis plus de 10 ans, le terrain n’a pas été l’objet d’événements d’ordre culturel particulier pouvant faire l’objet d’une histoire en particulier. En revanche, les conditions particulières de travail peuvent faire l’objet d’un récit. Cette année 2010 a été marquée par des températures anormalement élevées, dépassant les 56°C les jours les plus chauds. Les fortes chaleurs sont encore plus insupportables en ville en raison de l’absence de vent, la ville se retrouve alors prise dans une bulle de chaleur accentuée par le bitume et les constructions. La situation a été aggravée par une série de coupures dans l’approvisionnement en électricité pouvant durer - selon les quartiers - plus de cinq jours, ne permettant plus aux châteaux d’eau d’être réapprovisionnés, provoquant des coupures d’eau. Le Niger est en effet dépendant du Nigeria pour la fourniture en électricité, et la Nigelec était alors obligée de couper l’électricité de certains quartiers par tournus. Le manque à gagner pour les petits commerçants - mais aussi les familles - possédant un frigo-congélateur pour la vente de produits, a été très important : les stocks de produits laitiers, de viande ou de glace (eau ou bissap) étant perdus. Les jeunes et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, et malgré des messages diffusés par la radio et la télévision demandant aux personnes fragiles de limiter au strict minimum leurs déplacements, celles-ci ont été les principales victimes de la canicule. En deux jours, plus de 500 décès ont été enregistrés dans le seul Hôpital National de Niamey. Possédant une voiture, un voisin qui avait perdu un proche de sa famille nous a demandé de l’aider à aller chercher le défunt à la morgue de l’hôpital pour l’inhumer au cimetière musulman. Dès l’arrivée au bâtiment, une foule de personnes attendait pour récupérer le corps d’un proche, et de l’eau s’écoulait du couloir jusque dans la rue. En nous approchant, nous avons très vite compris qu’il ne s’agissait pas d’eau, le bâtiment étant privé d’eau et d’électricité. Les corps étaient entreposés dans le corridor par manque de place, et la chaleur était étouffante dans cet espace dépourvu d’aération. Le personnel - qui semblait très gêné par ma présence - était débordé, contrastant avec le calme apparent des personnes qui venaient chercher les corps. La chambre froide ne fonctionnait pas, les robinets étaient à sec, le matériel de transport était vétuste et insuffisant, les draps manquaient, les personnes cherchaient les corps sans les trouver. Le corps récupéré, nous nous sommes alors dirigés au cimetière musulman. Là encore, la situation était exceptionnelle. Le personnel était submergé par les familles venues enterrer leurs proches. Le gardien ne pouvait qu’indiquer l’emplacement de la tombe, aux familles de creuser et d’inhumer le corps, toujours sous un Soleil de plomb. Une ONG italienne fournissait pour l’occasion des pelles et pioches à l’entrée, le cimetière ne disposant pas d’outils en nombre suffisant pour faire face à l’afflux des familles. Le gardien, un peu gêné par ma présente, m’indiqua que les personnes venaient depuis le petit matin sans interruption jusqu’à ce qu’il fasse nuit noire, et qu’il n’avait jamais vu cela depuis qu’il travaillait. Le lendemain, la presse annonçait que le directeur de l’Hôpital National de Niamey avait été limogé avec effet immédiat suite à une visite-surprise du Président Salou Djibo, et que des groupes électrogènes avaient été disposés dans l’enceinte du complexe hospitalier afin de pouvoir assurer une prise en charge suffisante des patients et garantir le bon fonctionnement des équipements médicaux. |
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