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Programme de bourses "Echanges Universitaires" Approche territoriale du peuplement de la vallée du Guringin (plaine du Séno, Mali) Notre recherche s’inscrit dans le cadre du programme « Peuplement humain et paléoenvironnement en Afrique de l’Ouest », initié en 1997 au Mali, en Pays dogon. Ce vaste projet est coordonné par le Professeur Eric Huysecom du Département d’Anthropologie et de l’université de Genève. L’unité africaniste de ce département, la MAESAO (Mission Archéologique et Ethnoarchéologique d’Afrique de l’Ouest) actuellement LAPA (Laboratoire Archéologie et Peuplement de l’Afrique) y participe activement. Ce projet interdisciplinaire et international, a pour objectifs de définir la succession des occupations humaines, de reconstituer l’évolution climatique et environnementale, de mettre en évidence les mouvements de population aux niveaux régional et continental, de comprendre leurs causes, de déterminer leurs relations avec l’apparition ou la diffusion de certaines techniques. De nombreux résultats significatifs sont déjà issus des travaux menés précédemment par les chercheurs de la MAESAO sur le plateau. Aujourd’hui, à la faveur d’une nouvelle orientation, les recherches se concentrent sur la plaine, une région susceptible d’aider à comprendre et préciser certains éléments liés à l’histoire des interactions Nature / Société. Dans ce contexte, notre recherche « Approche territoriale du peuplement de la vallée du Guringin », consiste en une réflexion sur les modèles d’occupation domestique d’une vallée de la plaine du Séno en l’occurrence celle du Guringin. Cette vallée est parcourue par un cours d’eau non permanent. Dans cette zone sahélienne, les berges des cours d’eau ont bien souvent constitué des lieux de vie privilégiés pour des groupements humains de taille variable. De nombreuses recherches, dont celles de Noémie Arazi (1999) et de S. et R. McIntosh (1986, 1987), dans la zone du Delta intérieur du Niger, ont révélé le rôle primordial de ces plaines alluviales. Nos recherches visent plusieurs objectifs. Tout d’abord, il est question de faire un diagnostic du potentiel archéologique de cette vallée du Guringin. Le second objectif est de reconstituer l’occupation de cette vallée au travers de l’étude du mobilier. Enfin, nous voulons comprendre les choix ayant guidé l’installation des anciens occupants de la plaine du Séno. La première phase de notre recherche fut celle du recueil des données. Nous avons ainsi procédé à des enquêtes de tradition orale auprès des chefferies locales dans le but d’acquérir des informations sur les anciens habitants de ces sites et leurs trajets migratoires. Des prospections systématiques furent entreprises tout le long de la vallée du Guringin. A cet effet, nous avons retenu comme critère d’identification des sites, la dispersion du matériel en surface (céramiques, os, scories résultant du travail du fer). La seconde phase de notre étude fut essentiellement consacrée à l’étude du matériel céramique (identification des décors et des techniques de façonnage au travers des traces de façonnage). Notre recherche a permis de mettre en relief le fort potentiel archéologique de cette vallée d’environ 14 km2. En effet, 28 sites (fig. 1) de surface, de hauteurs et de formes diverses, ont été découverts. Ces sites se situent en général à moins d’un kilomètre de part et d’autre de la vallée, sur les berges du Guringin et sont assez proches les uns des autres. Ce qui indique que cette vallée a été densément occupée. Le choix de l’emplacement de ces sites a sans doute été influencé par la proximité du cours d’eau non permanent qu’est le Guringin. Par le passé, ce dernier a joué un rôle très important pour l’alimentation. On peut donc faire l’hypothèse que l’installation des premiers habitants dans cette partie de la plaine du Séno relève, dans une certaine mesure, de contraintes environnementales. En l’absence de datation absolue, nous avons comparé les assemblages céramiques de ces sites avec ceux des sites pour lesquels des datations existaient. Globalement, ces indices chronologiques tendaient à situer la grande majorité des sites étudiés au 1er millénaire de notre ère. La grande variabilité au niveau des techniques de façonnage et des décors suggère plusieurs éléments. Tout d’abord, elle traduit une certaine complexité du peuplement dans la plaine du Séno. Elle pourrait également indiquer l’ampleur des contacts entre différents groupes de populations appartenant à des sphères ethnolinguistiques distinctes. Ensuite, elle montre qu’il y a eu de nombreux échanges au niveau des biens de consommation (céramiques) ou au niveau des techniques de façonnage des récipients. A ce niveau, il est possible que des spécialistes (potières) se soient déplacés, en la faveur de mariage par exemple, comme cela a été mis en évidence par les recherches ethnoarchéologiques (Gallay et al. 2003). Par ailleurs, certains décors et une industrie lithique découverts sur le site Diabeli-Peul IV pourraient mettre en relief un substrat culturel néolithique. Le Guringin a attiré de nombreuses populations, certainement en raison des nombreuses zones humides qui, durant une partie de l’année, permettaient un accès à des terres fertiles pour l’agriculture ou l’élevage et à des ressources halieutiques variées. Les récentes fouilles des sites de Sadia ont mis en évidence ces activités pratiquées par les populations anciennes (Huysecom et al. à paraître). Les recherches futures devraient conduire à des sondages et à des fouilles archéologiques sur certains sites, dans le but d’établir des chronologies absolues et livrer des données plus fiables. Il serait également très intéressant de continuer à faire des prospections au-delà de cette vallée pour voir si d’autres sites plus lointains peuvent être mis en connexion avec ceux que nous avons identifiés. Les données fournies par ces études nous permettront très certainement de lever un coin du voile sur les populations anciennes de la vallée du Guringin et sur le premier millénaire de notre ère dans cette région, considéré à juste titre par certains auteurs comme des « siècles obscurs » (R. Mauny 1970). Serge Loukou
Bibliographie ARAZI, N.; 1999: An archaeological survey in the Songhay heartland of Mali. Nyame Akuma: a newsletter of Afr.archaeol., 52, pp. 25-43. GALLAY, A.; de CEUNINCK, G.; 2003 : La tradition céramique des forgerons djémé-na de la plaine du Séno (Mali). In: La culture matérielle de la boucle du Niger. Bulletin du Centre genevois d’anthropologie, 6, pp. 11-66. HUYSECOM, E.; OZAINNE, S.; ROBION-BRUNNER, C.; MAYOR, A; BALLOUCHE, A.; CISSÉ L.; EICHHORN, B.; GARNIER, A.; LE DREZEN, Y.; LESPEZ, L.; LOUKOU, S.; RASSE, M.; SANOGO, K.; SERNEELS, V.; SORIANO, S.; SOULIGNAC, R.; TAIBI, N.; TRIBOLO C.; à paraître: Le tell de Sadia en Pays dogon: la treizième année de recherches du programme « Peuplement humain et évolution paléoclimatique en Afrique de l'Ouest ». Jahresbericht 2010, FSLA, Fondation Suisse-Liechtenstein pour les recherches archéologiques à l'étranger, Zürich, Vaduz. LOUKOU, S.; 2010: Approche territoriale du peuplement de la région de Sadia: première reconnaissance le long de la vallée du Gurinjin in; HUYSECOM, E.; ROBION-BRUNNER, C.; MAYOR, A., et al. : Nouvelles données sur le peuplement du Pays dogon: la douzième année de recherches du programme «Peuplement humain et évolution paléoclimatique en Afrique de l’Ouest». Jahresbericht 2009. Zürich, Vaduz : FSLA, Fondation Suisse-Liechtenstein pour les recherches archéologiques à l'étranger. MAYOR, A.; 2005: Traditions céramiques et histoire de peuplement dans la boucle du Niger (Mali) au temps des empires coloniaux. Département d’anthropologie et d’écologie, (thèse de doctorat), Genève. McINTOSH, S.K; McINTOSH, R.J.; 1986: Archaeological reconnaissance in the region of Timbuktu, Mali. National Geographic research, 2, (3), pp 302-319.McINTOSH, S.K; McINTOSH, R.J.; 1987: Prospection archéologique aux alentours de Dia, Mali: 1986-1987. Nyame Akuma a newsletter of Afr. Archaeol., 29, pp. 42-45. Contacts: Prof. Eric Huysecom Tél. : + 41 22 379 6973 http://anthro.unige.ch/~huysecom/
Tel : +41 22 379 69 73
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