Resume du rapport de l’enquete de terrain sur la liberte des medias en Guinee
INTRODUCTION
Dans le cadre de notre mémoire dont le sujet porte sur « la liberté des médias en Guinée », nous avons été confrontés à certains blocages relatifs à la documentation et à la matérialisation de certaines parties de notre travail théorique. Ce qui nous a conduit à opter pour une enquête de terrain du 29 décembre 2006 au 04 février 2007. En raison d’événements politiques imprévus nous avons été obligés de prolonger ce séjour jusqu’au 15 Février 2007, puis l’instauration de l’Etat de siège le 12 février nous a empêché de rentrer à cette date et nous a maintenu jusqu’au 21 février 2007.
OBJECTIFS DE L’ENQUETE
Nos objectifs se résument essentiellement en ces points :
- Confronter l’existence des textes et des institutions pour la liberté des médias à la réalité sur le terrain.
- Voir le degré d’efficacité des institutions et l’application des textes en la matière, ainsi que les impacts des textes internationaux.
- Comprendre les raisons qui expliquent la précipitation de la libéralisation des ondes qui pourtant avait du mal à être une réalité, et l’impact des radios privées sur les populations en matière d’information et sur les médias d’Etat.
- Analyser les relations qu’entretiennent les différents médias entre eux ainsi qu’avec les institutions politiques et administratives de la Guinée.
METHODOLOGIE DE RECHERCHE
Notre méthodologie de recherche élaborée avant le terrain portait essentiellement sur la recherche bibliographique, l’observation participante et les interviews.
Les interviews ont réalisés par des entretiens directifs qui consiste à préparer un questionnaire conformément aux inquiétudes que nous avons ; semi-directifs consistent à poser non seulement les questions préparées à l’avance, mais aussi permettre de parler de questions divergentes des préoccupations définies dans le questionnaire et libres en parlant de tout et de rien en gardant à l’esprit ce que nous voulons savoir, sans préparer de questionnaire.
Les évènements politiques imprévus ont changé cette méthodologie et les résultats obtenus allaient dans la droite ligne des résultats escomptés. Nous avons donc pris la grève générale et illimitée du 10 janvier 2007 comme un événement repère à travers lequel nous pouvons apprécier les différentes lectures des médias, saisir leur objectivité, les relations avec le politique ainsi que les insuffisances éventuelles liées au manque de formation, à l’équipement et à la représentativité et à l’expérience. Notre observation participante portait sur le constat la confrontation des réalités des évènements à la façon dont ceux-ci sont relatés par les différents médias.
LES DIFFICULTES RENCONTREES
Elles sont nombreuses, mais certaines nous ont permis d’arriver à des conclusions aux quelles nous ne serions pas arrivées si elles n’étaient pas survenues.
- Les consignes de refus d’accès aux documents juridiques ou disciplinaires à l’encontre des journalistes et des organes de presse dans les justices, au Ministère, et au C.N.C ont été les premières à se faire sentir.
- Le déclenchement d’une grève générale et illimitée par les centrales syndicales en Guinée le 10 janvier 2007 a eu une répercussion sur toutes les activités.
- Ensuite la difficulté de sortir à cause des casses engendrées par les marches de soutien à la grève.
- La surenchère des carburants, du transport, des aliments, des cartes téléphoniques et la chute brutale du taux de change des devises qui ont faussé les prévisions en les majorant.
- La réticence de certains responsables de l’information et journalistes de la Radio Télévision Guinéenne.
- Le manque d’électricité, l’absence de connections Internet domestiques et la fermeture des cybers café ont rendu difficile l’intégration systématique des données du terrain au travail théorique ainsi que l’appréciation de certaines émissions télévisées de la R.T.G.
- Les difficultés de connexion téléphoniques ont empêché certaines rencontres.
LES RESULTATS LES PLUS IMPORTANTS
Sans cette enquête nous aurions manqué d’arguments ou de preuves pour justifier certains de nos raisonnements.
En dépit des éléments d’analyses dont nous disposons sur les stratégies des acteurs, de nouveaux éléments pouvant permettre de systématiser des stratégies nouvelles et propres à l’étude des médias en Guinée ont été trouvés, à savoir :
- La stratégie de la banalisation de la critique par la satire mise au point par les créateurs du Lynx pour contourner l’hostilité de l’Etat guinéen à la libéralisation des médias.
- La stratégie du conformisme par le différé utilisé par la direction de Radio Nostalgie pour éviter tout risque de fermeture, plainte ou avertissement du C.N.C
- La stratégie du refus de preuve utilisée par l’Etat afin d’éviter de paraître comme un régime liberticide.
- Nous avons trouvé également qu’il existe des problèmes d’ordre ethniques dans les problèmes auxquels sont confrontés les médias en Guinée.
- La question de genre se pose d’une autre manière à travers une sorte de discrimination positive dans les recrutements.
Les exposés sur le thème de la liberté des médias en Guinée dans des institutions d’enseignement supérieur ont permis un échange fructueux dans le sens de l’orientation des futurs journalistes à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication de Kountiah et à l’enrichissement de notre travail sur les approches théoriques avec les différentes interventions du professeur1 de « Médias et Société » et des étudiants au département de sociologie de l’Université de Sonfonya.
LES RECOMMANDATIONS
Ces enquêtes ont aiguisé notre intérêt pour la liberté des médias en Guinée où beaucoup d’éléments sur le sujet restent à fouiller.
La création de syndicats des journalistes constitués par des journalistes du privé et du public, et la dynamisation des organisations de journalistes et de l’Oguidem.
De nos jours, la coopération internationale bi ou multilatérale intervient dans le développement des médias et de la démocratie, mais la mauvaise connaissance des réalités et le mauvais ciblages des investissements rendent inefficaces voir invisibles ces efforts. À cet effet, le financement des recherches sur les médias, les échanges scientifiques et les investissements dans des institutions de formation comme l’Institut de l’Information et de la Communication, en documents, en logistique et même avec la création d’une radio universitaire permettront de viabiliser et revigorer le paysage médiatique guinéen afin de renforcer la construction démocratique.
Des efforts peuvent être également déployés dans le cadre des voyages d’études dans les pays du Nord et la reprise de l’octroi de visa Suisse aux étudiants guinéens sur la base d’une sélection rigoureuse.
Le financement de journaux privés universitaires afin de réduire les prix de vente à défaut de les rendre gratuits renforcerait l’expérience des futurs journalistes de la presse écrite, tout en élargissant l’accessibilité de l’information. Ce financement peut se faire en équipement (imprimerie, ordinateur, papier…) tout comme en espèce (récompenses pécuniaires pour les journalistes, frais de distributions).
CONCLUSION
Malgré les difficultés rencontrées dans le cadre de cette recherche, malgré le changement de méthodologie, elle s’est avérée indispensable pour saisir certaines réalités et dans le fonctionnement des médias, et de l’application des normes relatives à la liberté des médias, des relations entre le pouvoir et les médias et des relations entre médias d’Etat et privés, mais aussi et surtout pour la mise au point de nouveaux éléments d’appréciation de la liberté des médias en Guinée. Il nous paraît également important de signaler que nombreux peuvent être les points que nous ne pouvons saisir sur le sujet de la liberté des médias en Guinée à travers un diplôme de D.E.A. Ce qui nous motive si possible à envisager la recherche dans le cadre d’une thèse de doctorat ainsi que la réalisation d’un film documentaire sur le sujet pour sa vulgarisation. Le fait que les résultats atteints dans certains cas soient supérieurs à ceux attendus expliquent cette richesse et l’importance que revêt ce sujet dans le contexte guinéen.
1 Gnimassou Augustin Secrétaire Général de l’I.S.I.C et chargé de cours de « Médias et société »
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DIANE Moustapha
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