MICROCREDIT ET CONTEXTE DU TRAVAIL DES ENFANTS AU BENIN
Aider les populations pauvres à avoir accès aux services financiers et à lutter contre la
pauvreté est le principal objectif affiché par les promoteurs de la lutte contre la pauvreté. Les pauvres
seraient tous des entrepreneurs dont il suffirait de doter de ressources financières pour résoudre la
question de la pauvreté ? Une recherche de terrain avec observations et entretiens individuels des
supposés bénéficiaires du microcrédit permet de porter un autre regard.
Le Bénin, notre champ d’étude, dispose aujourd’hui de dynamiques institutions de microfinance. Au-délà des travaux de recherche déjà effectués mettant en avant les performances économiques et financières de ces institutions, il est utile d’interroger leurs performances sociales. Ce questionnement intervient dans un contexte où le Bénin est qualifié de plaque tournante du trafic des enfants par un rapport de l’OCDE1. Selon ce même rapport ce pays est en deuxième position sur la liste des pays où cette pratique perdure, établie par le département d’Etat américain. Il n’est pas rare
de constater que certains bénéficiaires du microcrédit compte tenu des délais de remboursement très courts et des difficultés à dégager des surplus considérables, utilisent une main d’œuvre enfantine familiale ou externe, afin de minimiser les coûts. L’emploi de ce type de main-d’œuvre est un indicateur de la profondeur de la vulnérabilité de ces populations.
Cependant, la quasi unanimité des travaux constate le rôle du microcrédit dans la création
d’activités génératrices de revenus et sur sa capacité à générer aussi de l’emploi. Ces activités
contrastent avec le fait qu’elles absorbent dans la plupart des cas une main-d’œuvre enfantine. Il
convient donc de s’interroger sur la qualité de ces emplois et sur l’accès des enfants à une éducation de
base.
Citons des exemples relevés lors de notre enquête, les jeunes filles employées dans les restaurants locaux à des tâches telles que piler le fufu (manioc ou igname pilé, très prisé au Bénin) à longueur de journée, apporter les repas aux clients, ramasser et laver les assiettes ou encore les garçons non ou sous rémunérés dans des ateliers comme apprentis.
Cette situation va à l’encontre des efforts déployés par l’IPEC (Programme international pour
l’abolition du travail des enfants) dans la lutte contre le travail des enfants. Seul un engagement de
l’Etat aux côtés des IMF (Institutions de microfinance), des ONG (Organisations Non
Gouvernementales) et des associations de la société civile pour une plus grande sensibilisation sur les
effets potentiellement pervers du microcrédit et pour assurer un filet de sécurité minimum aux
populations béninoises pourrait contribuer grandement à la lutte contre la pauvreté en général et le
travail des enfants en particulier.
1Perspectives économiques en Afrique 2005-2006 www.oecd.org/dev/publications/perspectivesafricaines, Bénin

Contact :
Institut Universitaire d’Etudes du Développement (IUED), Genève
Dégbangah BARONA
E-mail: b_timothee@yahoo.fr
Fédération des Caisses d’Epargne et de Crédit Agricole Mutuel (FECECAM)
BP 080843 Cotonou BENIN
E-mail secrétariat: fececam@intnet.bj
Personne de contact: Jean ALAVO
STORY TELLING
Ce qui a beaucoup retenu notre attention et qui mérite d’être partagé avec vous est justement la scène de crises de larmes à laquelle nous avons assisté lors d’un entretien avec une bénéficiaire du microcrédit de la CLCAM (Caisse locale de crédit agricole et mutuel) de Guinam dans le département de Parakou au Bénin.
Nous avions pris rendez-vous avec la dame X, revendeuse de charbon, la veille, qui nous attendait. Les salutations d’usage et les petites blagues pour détendre l’ambiance et nous familiariser avec elle, ont constitué notre manière de nous introduire et de rentrer en contact avec elle. Puis nous avons fait la connaissance de l’apatam où se trouvaient les sacs de charbon à vendre. Là deux petites filles de 8 et 10 ans s’acharnaient à défaire les sacs et à mettre les morceaux de charbon dans des bassines pour la vente en détail.
Pour nous accueillir, la dame nous a reçus sous un arbre en retrait afin de prêter une oreille attentive au motif de notre visite.
Après une brève présentation, l’entretien a commencé par de petites questions, parfois banales. Surprise de la manière dont nous posions les questions alors qu’elle s’attendait à des questions contraignantes compte tenu de son statut d’impayé avec la CLCAM. Rappelons que le dossier de Dame X au niveau de la CLCAM (Caisse Locale de Crédit Agricole et Mutuel) jouit d’un statut d’impayé (crédit non remboursé au bout d’un an au moins). En effet, cette dame se serait associée à sa sœur pour obtenir plusieurs crédits... Suite à l’accumulation des impayés qu’elles ont contractés, sa sœur a fini par disparaître. Personne ne savait où elle se trouvait à la date de l’entretien. Les activités commerciales de dame X ont chuté alors qu’elle avait désormais la responsabilité de rembourser une somme qu’elle avait contractée en partenariat avec sa sœur. C’est ainsi qu’elle décida de se lancer dans le commerce du charbon de bois qu’elle doit aller dans les fermes chercher et venir revendre en ville. Les visites répétées des agents de crédit de la CLCAM, la sonnant de rembourser devenaient insupportables. Elle décida avec son mari de vendre la voiture familiale qu’ils avaient pour faire face aux exigences de la CLCAM. Malheureusement le preneur de cette voiture malgré le prix dérisoire de la voiture, disparut à son tour avec la voiture sans laisser de trace. L’acquéreur de la voiture les aurait appelés deux jours avant notre visite leur expliquant qu’il a des problèmes, et qu’il reviendrait leur payer leur argent dès que possible mais sans toutefois dire où il était et quel type de problèmes il avait.
C’est en nous révélant son vécu que dame X à des moments ne pouvant plus se retenir, faisait des crises de larmes. Comment ne pas être touché par de telle situation devant une femme dont le mari est à la retraite et qui aurait cru que le microcrédit lui permettrait d’améliorer ses conditions de vie et celle de sa famille?
Ce qu’il faut retenir :
- pression de l’IMF à rembourser le crédit
- effritement des liens familiaux
- difficultés de contrôler les acteurs de microfinance (savoir qui fait quoi, où et quand)
- endettement des bénéficiaires
- bradage de biens personnels des bénéficiaires, travail des enfants